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“EACH ONE OF US”

Il est parfois bon de se maintenir à distance des gens
qui admirent votre travail. Pour l’album de son retour,
Brisa Roché a appliqué cette règle à la lettre.
Après avoir publié quatre albums en France,
elle est revenue vivre dans son pays natal, la Californie.
Attention pas la Californie des surfeurs et des autoroutes
à six voies de Los Angeles mais celle du Nord des montagnes
où poussent les sequoias et où rodent les pumas.
Et dans son home-studio perché sur ses hauteurs-là,
elle a compulsé pendant deux ans les musiques
que lui ont fait parvenir musiciens, collaborateurs
réguliers ou non, producteurs de Paris et du monde entier.
Certains cherchaient à retrouver la Brisa Roché première façon,
la chanteuse de jazz débarquée en France pile au moment
où deux tours tombaient à New York.
Celle qui écumait les clubs où sa voix haut perchée et fébrile obligeant les journalistes à la comparer à Billie Holiday.
D’autres préféraient retrouver l’avant-gardiste de Mystery Man,
qui bien qu’arrivée chez Blue Note enivrait ses fans
avec une pop aussi sucrée qu’osée.
Enfin, les derniers ont tenté de prolonger cette période,
celle des hits Whistle et Call Me.

Bien sûr, Brisa n’a pas revisité son passé mais s’est réinventé un futur. Un espace-temps où l’on crée de la musique à deux
bien qu’à des milliers de kilomètres de distance, où les genres, musicaux ou non, sont révolus, où une voix peut autant s’échapper d’un ordinateur, d’une salle de concert que d’une forêt primaire. Invisible 1, l’invisible précise le titre de l’album, quand tout est possible, surtout de dépasser les limites imposées par un studio
et le nombre habituel de participants à un enregistrement.
La chanteuse a écrit vite, dans l’urgence de la nouveauté,
une quarantaine de mélodies et d’arrangements dont il reste aujourd’hui ces quatorze titres rassemblés dans deux faces,
autour desquelles deux facettes de sa personnalité se détachent.
La première, plus introvertie, repose sur des compositions
à la guitare accompagnées de cordes grâce aux arrangements subtils de Thibaut Barbillon. On y retrouve la chanteuse aussi rêveuse qu’insomniaque, se livrant à l’exercice de la confession.
Comme échappée d’un girls group, elle nous invite à marcher avec elle ou à s’enfermer dans sa chambre. L’autre face du disque,
plus solaire, est aussi plus électronique avec aux manettes Blackjoy,
à la fois remanieur et producteur.
Avec l’aide également du producteur Marc Collin (Nouvelle Vague, Yasmine Hamdan, Elodie Frégé…). Dans cet univers-là, Brisa s’amuse sur des formats courts, sa voix s’amplifie et vient taquiner
celles de Kate Bush et de Lana Del Rey.

Cette production libérée de toutes contraintes, entre plusieurs continents, entre studios américains et français, de la Californie profonde à Paris, donne à voir une Brisa Roché nouvelle.
À l’heure de la mort du grand caméléon anglais, David Bowie,
et du formatage roi, il est agréable de voir que d’autres artistes
osent à chaque apparition parfaire leur art de la métamorphose.

Arnaud Sagnard